Métabolisme

Graisse intramusculaire : le risque cardiométabolique que l'IMC ne voit pas

Publié le 24 juillet 2026 3 min de lecture
En bref
  • La graisse logée entre et dans les fibres musculaires est associée à l'insulinorésistance, au diabète de type 2 et au syndrome métabolique, selon une revue systématique de 17 études (n = 2 945 à 8 081).
  • Cette association reste présente même chez des personnes à IMC normal : l'IMC seul ne reflète pas la répartition de la graisse.
  • Elle ne se mesure que par imagerie (scanner CT, IRM, pQCT), pas par la balance ni l'impédancemétrie grand public.
  • Limite importante : synthèse narrative, forte hétérogénéité entre études, pas de preuve de causalité à ce stade.

Votre bilan sanguin montre une résistance à l'insuline, mais votre IMC est normal ? La graisse qui s'infiltre entre les fibres musculaires, et à l'intérieur d'entre elles, pourrait expliquer une partie de l'écart entre le poids affiché sur la balance et le risque métabolique réel.

Une revue systématique de 17 études

Une revue systématique publiée le 15 juillet 2026 dans Clinical Nutrition a rassemblé les études mesurant par imagerie (scanner CT, IRM, ou tomodensitométrie quantifiée périphérique pQCT) l'association entre la graisse logée dans et entre les fibres musculaires et trois marqueurs cardiométaboliques : la résistance à l'insuline (HOMA-IR), le diabète de type 2 et le syndrome métabolique. Dix-sept études ont été retenues, totalisant entre 2 945 et 8 081 participants adultes selon les analyses, 61,7 % d'hommes, âgés de 34,3 à 74,6 ans, majoritairement issus de la population générale (pas de patients hospitalisés). Suivant les critères PRISMA 2020, les auteurs ont interrogé PubMed, Scopus, Web of Science et la Cochrane Library jusqu'en mars 2025.

Prokopidis K, Duque G. « Association of intermuscular and intramuscular fat with insulin resistance, type 2 diabetes, and metabolic syndrome: A systematic review. » Clin Nutr. 2026;64:106727. doi:10.1016/j.clnu.2026.106727

Ce que montrent les chiffres, selon le type de graisse musculaire

Trois types de graisse musculaire ont été distingués dans la revue, avec des associations qui varient selon le type (odds ratio comparant les niveaux les plus élevés aux plus faibles, valeurs qui varient d'une étude à l'autre d'où les fourchettes) :

Type de graisse musculaireHOMA-IRDiabète type 2Syndrome métabolique
Intermusculaire (entre les fibres)OR 2,67 à 2,72OR 1,22 à 3,27OR 1,2 à 2,3
Intramusculaire (dans les fibres)OR 2,83Résultats mitigésOR 2,46
Atténuation musculaire (densité au scanner)Non rapportéOR 1,26 à 1,36OR 1,35 à 1,77

L'atténuation musculaire varie en plus selon le sexe des participants, d'après les auteurs.

Le point clé : ça se voit même à IMC normal

Dans les études incluses, l'association entre graisse musculaire et risque cardiométabolique était présente indépendamment du poids ou de l'IMC des participants. Deux personnes avec le même IMC peuvent avoir une répartition de graisse très différente : l'une concentrée autour des muscles et dans les fibres, l'autre non. C'est ce que la balance et l'IMC ne peuvent pas distinguer.

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Les limites à connaître

Plusieurs limites, indiquées par les auteurs eux-mêmes, sont à garder en tête. D'abord, une forte hétérogénéité entre les 17 études (protocoles d'imagerie, populations, seuils de graisse musculaire différents) a empêché de calculer une méta-analyse chiffrée globale : les auteurs ont opté pour une synthèse narrative, qui rassemble les résultats sans les combiner statistiquement en un score unique. Ensuite, la quasi-totalité des études sont transversales (mesure à un instant donné), ce qui ne permet pas d'établir un lien de causalité : on ne sait pas si la graisse musculaire cause la résistance à l'insuline, l'inverse, ou si les deux découlent d'un autre facteur commun. Les auteurs appellent explicitement à des études longitudinales, spécifiques au sexe et à la pathologie, avec des protocoles d'imagerie standardisés, pour confirmer une causalité.

En pratique

Cette revue ne prescrit rien (ce n'est pas son objet), mais elle donne un argument de plus pour privilégier une mesure de composition corporelle par imagerie plutôt que la balance ou l'IMC seul, en particulier si votre glycémie à jeun ou votre HOMA-IR sont déjà élevés alors que votre poids semble normal. Un DEXA, ou à défaut un scanner ou une IRM prescrit pour une autre raison, donne une image de la répartition de votre graisse que le pèse-personne ne peut pas montrer.

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Questions fréquentes

La graisse intermusculaire se loge entre les faisceaux musculaires, sous le fascia. La graisse intramusculaire s'infiltre à l'intérieur même des fibres. Les deux sont mesurées par imagerie (scanner CT, IRM, pQCT) ; leur combinaison est parfois appelée myostéatose.
Une revue systématique de 17 études (n = 2945 à 8081) montre une association, avec des odds ratios allant jusqu'à 3,27 pour le diabète de type 2 selon les études. Il s'agit d'associations, pas de preuves de causalité : la majorité des études incluses sont transversales.
Non. Dans les études incluses, l'association entre graisse musculaire et risque cardiométabolique était présente même chez des personnes à IMC normal, ce qui suggère que l'IMC seul ne reflète pas la répartition réelle de la graisse.
Seule l'imagerie (scanner CT, IRM, ou certains indicateurs DEXA) permet de l'estimer. Ni la balance, ni l'impédancemétrie grand public, ni l'IMC ne le mesurent directement.
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