Vos gènes ou vos habitudes : lequel pèse vraiment sur votre longévité ?
- Un score génétique de longévité élevé réduit modestement le risque de mortalité (HR 0,838 par écart-type), un effet qui reste quasi inchangé après ajustement sur le mode de vie.
- Fumer 20 cigarettes ou plus par jour multiplie le risque de mortalité par 3,3 (HR 3,341), un effet bien plus fort que celui du score génétique.
- Le tabac domine largement dans la capacité du modèle à prédire la mortalité (ΔC-index 0,027 contre moins de 0,006 pour les autres facteurs, génétique incluse).
- Cohorte de jumeaux finlandais, n=5575, suivi moyen 17,5 ans, 1405 décès observés.
Vos gènes ou vos habitudes : lequel pèse vraiment sur votre longévité ? Une cohorte de jumeaux finlandais suivie pendant plus de dix-sept ans apporte une réponse chiffrée à une question que beaucoup se posent sans jamais y répondre précisément : une mauvaise hérédité pour la longévité est-elle une fatalité face à laquelle le mode de vie ne pèse pas grand-chose ?
Une cohorte de jumeaux suivie 17 ans
Tynkkynen, Joensuu, Herranen, Kaprio, Törmäkangas et Sillanpää ont calculé un score polygénique de longévité (PLS) pour la cohorte finlandaise des jumeaux âgés (âge moyen 57,4 ans, 45,2% d'hommes, 5575 participants). Un modèle de régression de Cox a permis d'estimer l'effet de ce score sur la mortalité toutes causes, avant puis après ajout du sexe, de l'activité physique, de l'IMC, de la consommation d'alcool, du tabagisme et du niveau d'éducation. Des indices de concordance (C-index) ont été utilisés pour évaluer la contribution de chaque facteur à la capacité du modèle à distinguer qui va mourir plus tôt de qui va vivre plus longtemps. Sur un suivi moyen de 17,5 ans (écart-type 8,3 ans), 1405 décès (25,2% des participants) sont survenus.
Ce que pèse vraiment le score génétique
Une augmentation d'un écart-type du score génétique de longévité est associée à une baisse statistiquement significative du risque de mortalité toutes causes (HR 0,838 ; IC95% 0,792-0,887). Cette association reste relativement inchangée après ajout de tous les facteurs de mode de vie (HR 0,863 ; IC95% 0,816-0,912). Autrement dit, génétique et mode de vie agissent de manière largement indépendante : l'un ne remplace pas l'autre.
Le vrai facteur qui domine : le tabac
Le facteur qui pèse vraiment plus que tous les autres n'est pas génétique. Fumer 20 cigarettes ou plus par jour multiplie le risque de mortalité par 3,3 (HR 3,341 ; IC95% 2,751-4,056), de loin l'association la plus forte de toute l'étude, bien au-dessus de l'effet du score génétique. À l'inverse, le sexe féminin est associé à la plus forte réduction de risque (HR 0,678 ; IC95% 0,597-0,770).
Le résultat le plus parlant tient à la comparaison de la contribution de chaque facteur à la capacité prédictive globale du modèle : le tabagisme domine tout le reste avec un ΔC-index de 0,027, tandis que les autres facteurs (mode de vie et score génétique compris) contribuent chacun pour moins de 0,006. Concrètement, le tabac à lui seul pèse plus lourd dans la prédiction de qui va mourir prématurément que tous les autres facteurs mesurés dans cette étude combinés, score génétique inclus.
En pratique
Cette étude ne dit pas que la génétique n'a aucune importance : elle en a une, mesurée et indépendante du mode de vie. Mais elle dit clairement qu'une mauvaise hérédité pour la longévité n'est pas une fatalité face à laquelle les habitudes ne pèsent rien. Dans cette cohorte, le tabac reste le levier qui domine tout le reste, de très loin devant le patrimoine génétique que vous n'avez pas choisi.