Stéatose hépatique : le duo Lp(a) et insulino-résistance qui double le risque cardiovasculaire
- Lp(a) élevée et insulino-résistance élevée, prises isolément, augmentent chacune le risque cardiovasculaire en cas de stéatose hépatique (cohorte UK Biobank, n = 101 348, 15,7 ans de suivi).
- Combinées, elles multiplient le risque de mortalité cardiovasculaire par 2,04 par rapport au groupe avec les deux marqueurs bas, avec une tendance dose-réponse nette.
- La Lp(a) est génétique et ne se modifie pas par le mode de vie : un seul dosage dans la vie suffit à connaître son statut.
- L'insulino-résistance (index TyG), elle, est actionnable par l'alimentation, l'activité physique et la perte de poids.
La stéatose hépatique métabolique (MASLD, pour metabolic dysfunction-associated steatotic liver disease) est associée à un risque cardiovasculaire augmenté, c'est connu depuis longtemps. Ce qui restait mal compris : comment deux marqueurs sanguins courants, la lipoprotéine(a) et la résistance à l'insuline, interagissent chez les personnes concernées.
Une cohorte de plus de 100 000 personnes avec stéatose hépatique
Une étude publiée le 17 juillet 2026 dans Cardiovascular Diabetology a suivi une cohorte de la UK Biobank pendant une durée médiane de 15,7 ans : 101 348 adultes avec stéatose hépatique métabolique pour l'analyse de la mortalité cardiovasculaire, et 94 089 personnes sans maladie cardiovasculaire de départ pour l'analyse des événements cardiovasculaires incidents. La résistance à l'insuline a été évaluée par l'index TyG (triglycérides-glycémie), un marqueur calculé à partir de la triglycéridémie et de la glycémie à jeun. Les participants ont été classés selon leur taux de Lp(a) (en dessous ou au-dessus de 125 nmol/L) et leur index TyG (bas ou élevé, au-dessus du 75e percentile), puis répartis en quatre groupes croisés, le groupe de référence étant Lp(a) basse et résistance à l'insuline basse.
Le vrai résultat : la combinaison des deux marqueurs
Chaque écart-type d'augmentation de Lp(a) était associé à un risque de mortalité cardiovasculaire supérieur de 14 % et à un risque d'événement cardiovasculaire incident supérieur de 9 %, indépendamment du niveau de résistance à l'insuline. Chaque écart-type d'augmentation de l'index TyG était associé à un risque de mortalité cardiovasculaire supérieur de 27 % et à un risque d'événement incident supérieur de 9 %, indépendamment du niveau de Lp(a).
Mais le résultat le plus parlant est dans la combinaison des deux : comparées au groupe de référence (Lp(a) basse et résistance à l'insuline basse), les personnes ayant à la fois une Lp(a) élevée et une résistance à l'insuline élevée avaient un risque de mortalité cardiovasculaire multiplié par 2,04 et un risque d'événement cardiovasculaire incident multiplié par 1,49, avec une tendance dose-réponse significative à travers les quatre groupes. Ces associations restaient cohérentes après stratification par âge, sexe, obésité, diabète et hypertension.
Point de méthode à garder en tête : la stéatose hépatique n'a pas été confirmée par imagerie ou biopsie dans cette étude, mais estimée à partir d'un indice calculé (le fatty liver index), une limite classique des grandes cohortes comme la UK Biobank.
Un marqueur génétique, un marqueur modifiable
La lipoprotéine(a) est un marqueur particulier : elle est très largement déterminée génétiquement, et le mode de vie (alimentation, exercice) n'a quasiment aucun effet dessus, contrairement au LDL ou aux triglycérides classiques. Ce qui rend son dosage intéressant, c'est justement qu'elle ne varie quasiment pas dans le temps : un seul dosage à l'âge adulte suffit généralement pour connaître son statut à vie.
L'index TyG, à l'inverse, reflète la résistance à l'insuline, un état qui répond à l'alimentation, à l'activité physique et à la perte de poids quand elle est nécessaire. C'est le levier sur lequel il est possible d'agir concrètement quand on découvre une stéatose hépatique avec ces deux marqueurs testés.
En pratique
Si vous avez une stéatose hépatique diagnostiquée, ou un score de risque métabolique élevé, faire doser sa Lp(a) une fois dans sa vie et suivre sa glycémie à jeun et ses triglycérides pour estimer sa résistance à l'insuline permet de savoir dans quel groupe de risque vous vous situez. Si la Lp(a) est élevée, elle ne se corrige pas par le mode de vie, mais elle change la priorité à donner au reste du bilan cardiovasculaire. Si la résistance à l'insuline est élevée, c'est le paramètre sur lequel concentrer les efforts (alimentation, activité physique, perte de poids), en particulier si la Lp(a) est déjà haute.