Environnement

Planche à découper en plastique usée : pourquoi le bois change la donne

Publié le 14 août 2026 2 min de lecture
En bref
  • Chaque coup de couteau use la planche et libère des microplastiques : exposition annuelle estimée à 7,4-50,7 g/an (polyéthylène) à 49,5 g/an (polypropylène) par personne.
  • Le polypropylène (PP) libère plus de particules que le polyéthylène (PE), en masse comme en nombre.
  • Chez la souris, les microplastiques de planche PP provoquent une inflammation intestinale mesurable et affaiblissent la barrière intestinale ; ceux de PE altèrent le microbiote.
  • Les souris nourries via une planche en bois ne montrent aucun de ces effets dans cette même étude.

Chaque coup de couteau use une planche à découper en plastique, et cette usure n'est pas seulement esthétique : elle libère des microplastiques directement dans les aliments. Deux études récentes, l'une sur l'exposition, l'autre sur ses effets biologiques chez la souris, permettent de chiffrer le phénomène et de comparer les matériaux entre eux.

Chaque coup de couteau use la planche, et libère du plastique dans l'assiette

Une équipe de la North Dakota State University a publié en 2023 dans Environmental Science & Technology une étude mesurant les microplastiques libérés en découpant sur des planches en polypropylène (PP) et en polyéthylène (PE). Résultat : la masse et le nombre de microplastiques libérés par les planches en PP dépassaient ceux du PE de 5 à 60 % en masse et de 14 à 71 % en nombre de particules. Découper des légumes (des carottes dans l'étude) sur une planche en PE augmentait aussi la libération de microplastiques par rapport à une découpe sans légume.

Sur la base de leurs hypothèses de consommation, les auteurs estiment une exposition annuelle par personne de 7,4 à 50,7 grammes de microplastiques pour une planche en PE, et jusqu'à 49,5 grammes pour une planche en PP, rien que par l'usure normale de la planche. Un test de cytotoxicité préliminaire sur des cellules de fibroblastes de souris n'a pas montré d'effet sur la viabilité cellulaire après 72 heures, mais c'est un test limité, pas une étude de toxicité chronique.

Yadav H, Khan MRH, Quadir M, et al. « Cutting Boards: An Overlooked Source of Microplastics in Human Food? » Environ Sci Technol. 2023;57(22):8225-8235. doi:10.1021/acs.est.3c00924

Chez la souris, un effet mesurable sur l'intestin, et le bois s'en sort mieux

Une étude publiée en 2025 dans Environmental Health Perspectives par une équipe de l'université de Nanjing a nourri des souris avec une alimentation découpée sur des planches en PP, en PE ou en bois de saule, pendant 4 et 12 semaines. Les planches PP et PE libéraient des microplastiques dans l'alimentation à des concentrations respectives de 1088 ± 95 et 1211 ± 322 µg/g, avec des tailles moyennes de particules de 10,4 ± 0,96 µm (PP) et 27,4 ± 1,45 µm (PE).

Après 12 semaines, les souris nourries avec des aliments découpés sur planche PP présentaient des niveaux sanguins significativement plus élevés de plusieurs marqueurs inflammatoires (CRP, TNF-α, entre autres) que celles nourries sur planche bois, ainsi qu'une expression plus faible de protéines de jonction serrée (occludine, ZO-1) dans l'intestin, signe d'une barrière intestinale affaiblie. Les souris exposées aux microplastiques de PE ne montraient pas cette inflammation aussi nette, mais une modification du microbiote intestinal (moins de Firmicutes, plus de Desulfobacterota) et du métabolisme fécal et hépatique. Les souris nourries sur planche bois ne présentaient aucun de ces effets, elles servent de référence dans l'étude.

Gan HJ, Chen S, Yao K, Lin XY, Juhasz AL, Zhou D, Li HB. « Simulated Microplastic Release from Cutting Boards and Evaluation of Intestinal Inflammation and Gut Microbiota in Mice. » Environ Health Perspect. 2025;133(3-4):47004. doi:10.1289/EHP15472

En pratique

À la lumière de ces deux études, privilégier une planche en bois plutôt qu'en plastique est l'option la plus prudente, en particulier dès qu'une planche en plastique présente des rainures de découpe profondes et visibles. Si vous gardez du plastique, le polyéthylène libère moins de microplastiques que le polypropylène selon Yadav et al., mais dans la pratique peu de planches grand public indiquent clairement leur type de résine sur l'étiquette, ce qui limite ce choix au quotidien.

Questions fréquentes

Oui. Une étude de la North Dakota State University (Yadav et al., 2023, Environmental Science & Technology) a mesuré les microplastiques libérés par la découpe sur des planches en polypropylène (PP) et en polyéthylène (PE), estimant une exposition annuelle de 7,4 à 50,7 g/an (PE) à 49,5 g/an (PP) par personne, rien que par l'usure de la planche.
Chez la souris, oui. Une étude de l'université de Nanjing (Gan et al., 2025, Environmental Health Perspectives) a nourri des souris pendant 12 semaines avec des aliments découpés sur planches PP, PE ou bois. Les souris exposées au PP présentaient une inflammation intestinale mesurable et une barrière intestinale affaiblie ; celles exposées au PE montraient un microbiote intestinal altéré ; le groupe bois ne présentait aucun de ces effets.
Non. Le polypropylène (PP) libère davantage de microplastiques que le polyéthylène (PE), en masse (+5 à 60%) comme en nombre de particules (+14 à 71%), selon l'étude de Yadav et al. (2023).
C'est l'option la plus prudente à la lumière de ces études : privilégier le bois, surtout dès que la planche en plastique présente des rainures de découpe profondes. Si vous gardez du plastique, le polyéthylène libère moins de particules que le polypropylène, même si peu de planches grand public indiquent clairement leur type de résine sur l'étiquette.